Le beau temps revenu, le Parisien redevenait ce qu'il était, ce qu'il est, ce qu'il sera toujours, paresseux, insolent, railleur, parce qu'il avait ce pittoresque et vif esprit de nos rues; rusé, parce qu'il était faible, quoiqu'il eût pris un singulier ascendant sur l'équipage et sur le capitaine lui-même par sa gouaille. (Qu'on me pardonne cette vulgarité, mais cette expression peut rendre ce sarcasme populaire si bouffon, si mordant, si énergique.)
Aussi avait-on beau mettre le damné Parisien aux fers, dans les haubans; le rouer de coups, il n'en perdait pas un quolibet, ni une bouchée, ni une heure de sommeil.
Le misérable contrefaisait tout le monde. Voulez-vous voir le capitaine? Voilà le capitaine avec sa voix rauque, son œil à demi fermé, son juron de prédilection; prêtez au Parisien la houppelande grise et le chapeau ciré du capitaine, et vous aurez le portrait frappant.
Voulez-vous voir le maître coq? Voilà le maître coq; c'est lui; c'est sa jambe torse, son bégaiement stupide!
Et les chansons à boire! et les romances! et les bribes de scènes de comédie, de mélodrames, d'opéra-comique, que le Parisien débitait à ravir en imitant le ton, le geste et la voix des acteurs!
Aussi les matelots et le capitaine riaient aux larmes, et n'avaient que la force de dire: «S... Parisien, va... t'es bien nommé!!!
C'était à n'y pas tenir: on oubliait la manœuvre, le timonier gouvernait tout de travers, on ne dormait plus à bord: quand le Parisien parlait, les hamacs devenaient déserts; et il fallait voir les bonnes et noires figures des matelots, accroupis en cercle, l'air attentif, écoutant avec une imperturbable gravité les contes et les mensonges du Parisien.
Et puis le Parisien continuait à ne s'étonner de rien. Les matelots l'avaient attendu aux colonies; ils comptaient sur l'effet des noirs, des palmiers, des cocotiers..., de la canne à sucre, que sais-je? Point.... L'éternel connu! vint renverser d'aussi sages prévisions. Le Parisien avait vu des nègres à Robinson, des palmiers au jardin des Plantes, acheté pour deux sous de canne à sucre sur le Pont-Neuf, et creusé un coco pour faire une tasse à sa maîtresse. Que faire avec une organisation aussi encyclopédique?.... Se taire et admirer, c'est ce que faisait l'équipage.
IV.
Ce jour-là était un dimanche; la Charmante-Louise, qui se bornait ordinairement au voyage des Antilles, après une assez bonne campagne, avait été frétée pour Cadix; elle apportait des vins de Bordeaux, et devait remporter des vins de Xérès.