C'était enfin une procession solennelle à l'effet de demander au ciel quelque peu d'eau; car la sécheresse était effrayante en l'an de grâce 1829.
Le Parisien, au lieu de se joindre à la multitude, fit un affreux blasphème; car la procession lui barrait le passage, et il tremblait de perdre de vue son Andalouse à l'œil si noir.
La populace se découvrit au premier cri de la crécelle d'un moine blanc qui ouvrait la marche.
Le Parisien garda son chapeau, se dressa sur la pointe des pieds, tendit le cou, mit sa main en abat-jour, et ne vit rien, ni mante noire, ni œillet bleu et blanc placé sur le côté d'une grosse touffe de cheveux d'ébène. Vint un autre moine, mais gris, portant une lanterne sur les vitraux de laquelle étaient peintes des figures d'hommes au milieu des flammes. Il la montrait d'une main, et de l'autre agitait une tirelire pour les âmes du purgatoire.
Les assistants s'agenouillèrent; quelques-uns donnèrent, mais beaucoup chuchotèrent en se montrant le Parisien qui s'appuyait sur le dos de l'homme à la lanterne pour tâcher de se hausser, et voir s'il n'apercevrait pas son Andalouse.
À ce moment une magnifique châsse d'or étincelante de pierreries, et renfermant le bras de saint Serono, excita l'attention et le recueillement général. Il n'y eut que le Parisien qui, resté debout, interrompit le silence religieux de cette foule par un de ces cris particuliers à la populace parisienne, et que l'on entend quelquefois glapir aux théâtres des boulevards.
C'est que le Parisien avait cru distinguer la mante et l'œillet blanc et bleu, et il appelait à sa façon. Ce cri sauvage, guttural, inusité, sacrilège, fit redresser toutes les têtes à la fois; alors on s'aperçut que le Parisien était resté debout, couvert, devant le bras de saint Serono, et ce fut une rumeur d'indignation, rumeur d'abord sourde, mais qui devint bientôt effrayante quand le peuple vit le Parisien prendre un air d'impudence et d'audace.
Le Saint-Sacrement avançait, et déjà l'on voyait les crépines d'or reluire au soleil, le panache ondoyait, l'encens parfumait l'air, la musique retentissait au loin, et les voix sonores des moines de la Merced accentuaient vigoureusement cette belle poésie biblique. Le temps pressait; le Parisien exalté tenait bon, enfonçait son chapeau sur sa tête, y appuyait ses deux mains, et jurait avec d'effroyables blasphèmes qu'on n'avait pas le droit de le faire agenouiller. Le Saint-Sacrement était tout proche; comme une lutte s'engageait entre le Parisien et un Andalou d'une énorme stature, le Parisien fait un bond en arrière, va tomber aux pieds de l'archevêque, et le heurte violemment. Alors on crie au sacrilège, à l'impiété, au Français; le tumulte devient affreux, et, malgré l'intervention du prêtre, la mêlée prend un caractère de rage: les couteaux luisent, et... c'en est fait du Parisien.
FIN DU PARISIEN EN MER.