Pour se distraire il se prit à examiner l'interlocuteur de M. Hochard.

On l'a dit, l'interlocuteur était fort gros, d'une haute taille, chauve et très-coloré; deux petits yeux gris toujours en mouvement donnaient une rare expression de vivacité à sa bonne et joviale figure; son costume était celui d'un homme du peuple: une veste et un pantalon.—Allons, allons, monsieur le capitaine—disait le gros homme—soyez raisonnable, ne rançonnez pas un pauvre diable comme moi; en vérité 600 francs pour moi et mes caisses..., c'est aussi par trop cher....—Comme vous voudrez—répondit le capitaine—mais je n'ai qu'un prix, et je ne fais pas marchander mes chalands....

—Ses chalands!....—Narcisse n'y tenait plus, il se croyait assis près du comptoir paternel de la rue du Cadran.

Mais enfin—disait le gros homme—que fait un homme de plus ou de moins sur un équipage comme le vôtre... monsieur le capitaine?

—Cela fait un dixième, voilà tout.

—Eh bien!... dix au lieu de neuf, puisque je ne demande qu'à manger avec vos matelots, monsieur le capitaine.

—Je n'ai pas deux prix, je vous l'ai déjà dit—répondit imperturbablement le froid M. Hochard.—Je ne surfais jamais.

Ces débats faisaient bouillir l'âme de poète de Narcisse.

—Allons donc puisqu'il faut en passer par là—dit le gros homme avec un profond soupir;—mais une dernière condition, monsieur le capitaine; mes caisses ont besoin d'air, je ne voudrais pas qu'elles fussent descendues dans la calle au moins. Tous savez ce qu'elles contiennent, et l'humidité les pourrait gâter.

—On les placera dans le faux-pont.