On attendait un vent favorable pour sortir du goulet, et ce fut un beau jour pour Narcisse, que le jour où son cousin lui dit:—Il faut pourtant faire connaissance avec votre navire, allons à bord.

Ils s'embarquèrent à Recouvrance dans un bateau de passage, et se dirigèrent vers la Cauchoise, mouillée en grande rade, pour faciliter son appareillage.—La houle était forte; le canot, petit et conduit par un Plougastel, roulait d'une affreuse manière.—Narcisse comptait sur un accident, une émotion forte. Il n'eut que mal au cœur.

On accosta la goëlette.—Narcisse faillit tomber deux fois à l'eau, mais avec l'aide du cousin, il se guinda sur le pont.

En le parcourant, d'un air effaré, il cherchait des visages rudes, marqués, bronzés, des têtes de forban.—Il vit trois Bas-Normands blonds, frais et roses qui buvaient du cidre sur l'avant et jouaient à la drogue.

Deux autres marins lavaient et étendaient du linge sur l'avant du navire.

—Il ne leur manque plus que de repasser pour être de parfaites blanchisseuses—pensa Narcisse avec une cruelle répugnance. Narcisse fut introduit chez le capitaine Hochard; le capitaine n'était pas seul, il fit signe aux nouveau-venus de s'asseoir et continua la conversation qu'il avait commencée avec un homme d'un embonpoint extraordinaire, qui se tenait debout devant lui.

Narcisse put à son aise examiner le lieu où il se trouvait: c'était une petite chambre boisée comme à terre, un canapé comme à terre; des chaises, une table, un plafond, une fenêtre, des gravures encadrées, tout cela comme à terre.

Narcisse soupira, et avant d'abaisser ses regards sur le capitaine, il se figura, par la pensée, l'homme qui devait commander à la tempête, braver les éléments en furie.

—Il devait avoir six pieds, un crâne de granit et des yeux flamboyants.—Il regarda et vit M. Hochard: c'était un homme de quarante ans à peu près, d'une taille moyenne, maigre, d'une physionomie insignifiante, fort poli; des manières communes, mais prévenantes; de plus, il portait une perruque blonde, des boucles d'oreilles, une redingote marron, un gilet noir, un pantalon bleu, des bas blancs et des souliers à boucles. Il est impossible de se rendre compte de l'affreux serrement de cœur qu'éprouva Narcisse quand il eut complété cet ignoble et prosaïque signalement.

De ce moment, il se proposa de demander au cousin s'il n'y aurait pas moyen de débarquer en accordant une indemnité au capitaine.