—Un hasard... un hasard de nord-ouest, qui m'a démâté de mon grand mât, et m'a poussé chez vous comme si le diable eût soufflé dans ma voilure....
—Désolé, mon cher capitaine, désolé; mais ne restez pas à vous rôtir au soleil, entrez donc, entrez donc, vous prendrez quelque chose, un pied d'éléphant... une tranche de bosse de bison... ou un filet de girafe.... Holà... holà... Cham, Stropp, allons donc, paresseux, servez-nous.
Et à ces cris deux mulâtres qui dormaient sur une natte se levèrent lentement pour obéir à leur maître.
Après quelques façons cérémonieuses, telles que—après vous...—non, je suis chez moi...—je n'en ferai rien, etc., etc.—Van-Hop et Benoît entrèrent dans une maison parfaitement propre et tenue à l'européenne.
Les deux vieux amis s'étant placés devant une table de bois rouge soigneusement cirée et honnêtement garnie, la conversation s'engagea.
—Vous dites donc, capitaine Benoît, que votre grand mât?...
—Absent, père Van-Hop, absent; mais ce que je regrette plus que toute ma mâture, c'est ce pauvre Simon, vous savez....
—Eh bien... ce que vous appelez ce pauvre Simon est....
—Mort à la mer... mort comme un brave marin, en sauvant le brick.... Ah!....
Ici, le père Van-Hop articula une espèce d'exclamation sourde et caverneuse qu'on pourrait, je crois, formuler ainsi—Peuh—mais qui exprimait la plus entière indifférence; c'était son habitude quand il avait entendu faire une question ou narrer un fait qui ne méritait, à son avis, ni intérêt ni réponse....