—Peuh—fit donc Van-Hop—faute d'un homme le navire ne reste pas en panne... mais faute d'un grand mât, c'est différent.... Aussi ne pouvant remplacer votre Simon, je pourrais toujours, je le crois du moins, vous fournir un bon mât... voyons... un peu.
Et il tira lentement d'un grand casier un volumineux registre qu'il feuilleta quelque temps, puis il posa son doigt décharné sur une des pages et continua.
—Oui, j'ai votre affaire, mon brave capitaine, c'est le bas mât d'un brick goëlette anglais que le vent a jeté à la côte il y a quelque temps, je l'ai en magasin... nous mettrons cela à mille francs... hein? c'est donné....
—Bigre! donné... donné... mais vous avez donc un magasin maintenant.
—Peuh—reprit Van-Hop en souriant avec modestie—quand je dis un magasin... voyez-vous, je veux dire mon enclos, un coin, où j'ai mis ce que j'ai pu retirer de ces débris; j'ai de l'ordre, vous le savez, et chez moi tout est casé et étiqueté, et puis j'ai pensé que quelqu'une de mes pratiques pourrait en avoir besoin, il ne faut pas songer qu'à soi.
—C'est délicat, et en outre, dans l'occasion, ça rapporte mille francs... au moins.
—Peuh—fit le courtier....
—Mais dites-moi, père Van-Hop, une fois mon navire réparé, il me faut aussi un chargement.
Alors les petits yeux fauves du vieillard brillèrent de plaisir, son nez pointu sembla s'agiter d'un mouvement de merveilleuse olfaction. Il fut encore chercher un autre registre coté T N, nº 2, et après l'avoir parcouru un instant, il dit en souriant:
—J'ai ce qu'il vous faut, capitaine; mais je ne voulais pas vous l'assurer avant d'avoir consulté mon carnet, car j'ai aussi promis un chargement à M. Drake, un capitaine anglais, qui doit m'arriver dans une quinzaine, et je tiens à remplir mes engagements avec tout le monde.... Vous ne connaissez pas M. Drake... capitaine?