—Non....

—C'est un fort aimable garçon; par exemple, il est roux, et il louche un peu, mais le cœur sur la main, un galant homme, qui ne regarde pas à deux noirs de plus ou de moins; il a de la fortune, et fait la traite en amateur... parce qu'après tout il faut bien s'occuper à quelque chose....

—Payer sa dette à son pays—ajouta Benoît—mais revenons à mon chargement.

—Eh bien! digne capitaine, ce chargement est la meilleure, la plus favorable occasion du monde; depuis trois mois, les grands et petits Namaquois se font une guerre continue, et le roi des grands Namaquois, mon voisin, à qui j'ai parlé de vous, et qui désire avoir l'avantage de faire votre connaissance, capitaine—dit Van-Hop en se levant de sa chaise et saluant avec grâce.

—Vous êtes trop honnête... à lui rendre mes devoirs—répondit Benoît qui savait vivre.

—Le roi Taroo donc a une admirable partie de petits Namaquois de la rivière Rouge, dont il se défera au meilleur marché possible; ce sont des nègres tous jeunes,... pas trop jeunes pourtant, de vingt à trente... des épaules... des poitrails... il faut voir cela, et ensuite se nourrissant très-bien, ce qui est rare, et puis très-doux, très-doux; mon Dieu! on les mènerait avec un fouet à lanières simples... de vrais agneaux... enfin c'est une affaire d'or... ça vous va, n'est-ce pas?

—Y aura-t-il une commission pour vous comme la dernière fois?

—Peuh—fit le courtier—comme je vous attendais d'un moment à l'autre, j'ai été au Kraal (village) de Taroo, et je l'ai engagé, dans notre intérêt commun, à bien diriger ses prisonniers, à les bien soigner, à les entretenir le mieux possible; et, vrai, j'ai été dernièrement les voir dans leurs parcs... ils sont magnifiques, gras à lard, les compères; par exemple, j'ai engagé Taroo a les mettre aux bourgeons de calebasse, ça rafraîchit, et donne un beau lustre à la peau.

—Les bourgeons de calebasse ne sont pas méprisables; mais voyez-vous, père Van-Hop, de temps en temps deux ou trois figues de Barbarie et un grand verre d'eau fraîche, ça vaut peut-être encore mieux... mais il faut surtout ne pas oublier le grand verre d'eau après; sans cela, ça échauffe horriblement; et puis à terre, il n'est pas mal non plus de les faire suer, ça ôte la mauvaise graisse, comme dit le proverbe, nègre gras ne va pas.

—Possible, capitaine, chacun tond son chien comme il l'entend—reprit Van-Hop d'un air piqué.