—Oh! père Van-Hop.... ce n'est pas que je veuille dire que votre recette est mauvaise; au contraire, vous vous y entendez... et très-bien... vous êtes un malin....

Peuh—que voulez-vous, capitaine, le gouverneur du Cap m'a chassé pour une misère; obligé, par la sentence, de m'en éloigner de cinquante lieues, je me suis établi dans cette habitation que j'ai achetée d'un colon qui redoutait l'entourage; moi, au contraire, au moyen de quelques cadeaux, je suis parfaitement avec les hordes voisines; elles n'ont aucun intérêt à me faire du mal, puisque je les aide à se débarrasser de leurs prisonniers, et après tout je rends service à tout ce monde-là; autrefois ils se mangeaient comme des bêtes féroces, et les Namaquois de la rivière Rouge font encore de ces plaisanteries-là, parce qu'ils n'ont aucun moyen d'exportation.

—Bien—se dit Benoît à parte—j'ai furieusement envie de rôder par là.... C'est une terre promise, j'y aurai le bois d'ébène pour rien, j'en suis sûr.

Et il reprit haut:—Comment! ils se mangent? brrrrr... brrrrr... ça fait frémir.

—Je le crois bien, aussi il faut voir comme les grands Namaquois se défendent, se tuent même, plutôt que de se rendre à leurs ennemis.

—Il faut pourtant espérer que les petits Namaquois finiront par se civiliser—observa judicieusement Benoît—par se vendre....

—Parbleu! au moins ça profite à quelqu'un.

C'est ce que je me tue à leur expliquer; en Europe, s'ils ne se vendaient pas, on n'en achèterait pas.... Sortez de là si vous pouvez.

—Tenez, voyez-vous, capitaine, dans votre Europe, ils sont cent fois plus sauvages que les nègres.... Ah ça... que m'apportez-vous en échange?

—Comme à l'ordinaire, des quincailleries, des verroteries, de la poudre, des fusils, du plomb en saumon et du fer en barre.