—Voyons, pour vous, et à cause de votre épouse, mettons cent piastres.
—Cent piastres!... et moi que gagnerais-je donc? Mon Dieu... cent piastres... cent piastres!
—Vous le vendrez trois cents à la Jamaïque.... Tenez, comme c'est bâti! quelles épaules! quels bras! il est un peu maigre, mais quand il aura repris.... Vous verrez... d'abord je vous jure qu'il a du fond....
—Quatre-vingts piastres, et c'est une affaire arrangée, père Van-Hop, et vraiment c'est une folie; mais tenez, pour le dire entre nous, j'emploierai mon gain a acheter des marabouts et un cachemire que je destine à madame Benoît, et puis à faire construire un petit canot pour Thomas, qui est fou de marine.
—Allons.... Ah... vous faites de moi tout ce que vous voulez, mais vous êtes si bon mari, si bon père... qu'on ne peut rien vous refuser... va pour quatre-vingts gourdes.... C'est donné.
Enfin l'affaire conclue, les marchandises livrées à Van-Hop, car Taroo, à force de goûter le rhum, était tombé ivre mort; les nègres rafraîchis, Benoît obtint que l'escorte du chef de Kraal se joindrait à ses huit matelots pour conduire par terre les nègres vendus jusqu'au mouillage de la Catherine; là, ils devaient être embarqués ou hissés à bord, selon la bonne volonté ou la résistance de chacun.
Quant à Atar-Gull, un fin serpent, comme avait dit le chef Taroo, Benoît le fit porter à bord de la chaloupe, et le recommanda particulièrement à la surveillance du patron.
Toutes ces petites dispositions prises, l'argent compté, les échanges faites, Benoît et Van-Hop n'avaient plus qu'à se séparer, jusqu'à la première traite, d'autant plus que le capitaine voulait profiter de la marée et d'une bonne brise d'est; or, suivant ce sage axiome, que le vent n'attend personne, il tendit cordialement la main au courtier:
—Allons, père Van-Hop... au revoir.
—Et Dieu fasse que ce soit bientôt, digne capitaine.