—Encore une poignée de main; c'est plaisir que de traiter avec vous, père Van-Hop.
Ce bon capitaine, ça me fend le cœur de vous voir partir; mais tenez, encore deux ou trois ans de séjour sur la côte, et après vous m'emmènerez avec vous en Europe....
—Bien vrai... ce sera une fameuse partie, nous rirons, allez... mais je bavarde, et je devrais déjà être à mon bord.... Adieu, adieu, mon vieux....
Et ils s'embrassèrent à s'étouffer, c'était à arracher des larmes, à attendrir un cœur de roche.
Tenez, père Van-Hop, avec ces bêtises-là vous me feriez pleurer comme un veau.... Adieu—dit brusquement Benoît—et d'un saut il fut dans sa yole qui descendit le courant du fleuve avec rapidité.
—Encore adieu, digne capitaine—criait Van-Hop, en le saluant de la main—bien des choses à madame Benoît, bon voyage....
—Au revoir, compère—répondait Benoît, qui de son côté agita son chapeau de paille tant qu'il put apercevoir le courtier sur le rivage.
Deux heures après tous les noirs étaient dûment embarqués, arrimés, encaqués dans le faux pont de la Catherine, les nègres à babord et les négresses à tribord; quant aux négrillons, on les laissa libres.
Atar-Gull fut séparément mis aux fers.
Il est inutile de dire que pendant toutes ces manœuvres, les noirs s'étaient laissé prendre, mener, hisser et enchaîner à bord avec une insensibilité stupide: ne pensant pas qu'on pût avoir d'autre but que celui de les dévorer, ils mettaient, selon la coutume, tout leur courage à rester impassibles.