Vous vous êtes quelquefois trouvé la nuit, par un ciel voilé, dans une de ces longues rues de Cordoue si sombres et si étroites, errant avec insouciance et entendant sans l'écouter le bruit sonore et cadencé de vos pas, qui retentissait sur les larges dalles des trottoirs.
Abîmé dans une douce et amoureuse pensée; vous marchiez toujours; mais votre imagination s'égarait ailleurs, soulevait peut-être cette jalousie verte, ces lourds rideaux de soie... que sais-je, moi?
Lorsqu'un autre bruit de pas qui semblait être l'écho de votre marche, écho d'abord lointain, puis plus proche, puis enfin tout près de vous, appelait votre attention, et vous tirait d'une ravissante rêverie, sans doute.
Alors, redressant la tête, élevant votre cape sur vos yeux, et cherchant dans votre poche la crosse mignonne et ciselée d'un pistolet, chef-d'œuvre d'Ortiz père, doyen des armuriers de Tolède, vous ralentissiez fièrement le pas...
On ralentissait le pas derrière vous.
Vous le doubliez...
On le doublait.
Vous quittiez le trottoir gauche...
On quittait le trottoir gauche.
Vous alliez à droite...