Par hasard aussi il en devint éperdûment amoureux; c'était son premier amour véritable. Or, un premier amour de débauché, c'est, on le sait, la passion la plus frénétique, la plus violente qu'on puisse imaginer.
La jeune fille, fort belle, répondit bien à la passion frénétique, mais comme elle était aussi sage que jolie, mais comme sa tante, qui l'avait élevée, s'était mariée quatre fois et possédait naturellement une prodigieuse expérience de ce bas monde, on n'accorda ni un baiser, ni un serrement de main avant l'union civile et religieuse.
Arthur avait remarqué dans Marie (la fille fort belle s'appelait Marie) une tête ardente, des idées exaltées, et surtout un profond instinct du confortable qui n'attendait que la jouissance d'une fortune brillante pour se développer.
Or, avant de signer le contrat, il lui dit à peu près ceci:
—Marie, j'ai des vices, des défauts, et même des ridicules....
La jeune fille sourit... en montrant deux rangées de petites perles blanches.
—Marie, je suis violent, emporté, querelleur, et jusqu'à présent malheureux en duels comme en amour.
La jeune fille soupira, en le regardant avec, un air de compassion touchant et sincère. Mais il fallait voir quels yeux!... et comme les soupirs allaient bien à cette gorge de vierge!
—Marie, j'avais beaucoup d'argent, beaucoup; les chevaux, les chiens, la table et les femmes m'en ont absorbé une furieuse quantité.
La jeune fille sourit avec indifférence... en levant ses jolies épaules rondes....