—Marie, il me reste, je crois, trois cents et quelques mille francs, vous avez dix-neuf ans, des émotions toutes fraîches à satisfaire; la vie est neuve pour vous; le luxe, les plaisirs, le tourbillon enivrant d'une grande ville, vous sont inconnus... et, par conséquent, doivent vous faire grande envie. Pour répondre à tous ces besoins, j'ai peu d'argent, et beaucoup de défauts; mais enfin voulez-vous de moi?
La jeune fille lui ferma la bouche avec sa main mignonne et potelée.
Arthur l'épousa donc; De quoi ses amis rirent beaucoup. Sa femme, jusqu'alors froide et réservée, se livra à tout le délire d'une première passion; brune, jeune, ardente, elle sympathisa vite avec l'âme brûlante, le caractère fougueux de son mari.
Chose étrange! la possession n'affaiblit par leur ivresse, et les plaisirs du jour naissaient des souvenirs de la veille.
On l'a dit, quoique le patrimoine du comte eût singulièrement maigri, il avait encore une honnête rotondité de cent mille écus au moment du mariage.
Mais, comme avant tout, le comte adorait son idole, son dieu, sa Marie, son dieu resplendissait de pierreries, ne foulait que le satin et le cachemire, et n'aventurait jamais ses petits pieds sur le pavé des rues ou la poussière des promenades.
Et le malheureux patrimoine desséchait, fondait à vue d'œil que c'était pitié!!!
Or un jour, sur les trois heures du soir, quatre mois après leur mariage, et le lendemain du retour du comte, qui avait fait une légère absence, ils étaient couchés tous deux, beaux de leur pâleur, de leurs traits fatigués:
—Arthur—disait Marie, en peignant ses longs cheveux noirs qu'elle avait si beaux, avec ses jolis doigts blancs un peu amaigris—Arthur... encore un mois de pareil bonheur... et puis mourir... dis, mon ange, nous aurons usé tous les plaisirs, depuis la molle et douce extase jusqu'au spasme nerveux et convulsif, et pourtant notre ivresse est toujours renaissante.... Nous sommes trop heureux... il est impossible que cela dure... devançons l'heure des regrets qui viendrait peut-être! veux-tu, dis, mon amour?... veux-tu mourir bientôt... un charbon parfumé, ma bouche sur ta bouche, et nous nous en irons comme toujours... ensemble....
Et la délicieuse créature, sa tête entre les mains, ses coudes à mignonnes fossettes, appuyés sur les riches dentelles de son oreiller, attachait ses grands yeux battus et voilés sur la pâle figure de son mari.