—Oui,—j'irais lui dire encore: Si vous vous souvenez dans votre âme de quelque crime, demandez grâce sur-le-champ, Desdémona.
—Et il s'arrêta encore.—Fatalité! s'écria-t-il! je n'oublie rien de ce rôle... rien... Je pourrais le jouer... si je le voulais... je pourrais...
—Puis, après un nouveau silence, il ajouta avec un air d'effrayante résolution...
—Oh!... mais!... oui, je jouerai.—Je jouerai.—Et il descendit.
—Et ce n'était pas étonnant qu'il n'eût rien oublié de cette scène qu'il allait jouer.—Shakespear avait trop profondément creusé cette horrible jalousie et ce besoin de vengeance qui torture Othello pour que Marcel pût trouver autre chose à dire, lui.—Car dans cette scène qu'il va réciter avec Hortense—ce ne sera plus Othello, mais Marcel, qui parlera.—Où sa passion chercherait-elle d'autres termes?—Cette scène, il l'avait déjà apprise;—mais dès ce moment elle est à jamais gravée dans sa tête, parce que cette scène est le fond et la forme de sa pensée,—cette scène c'est sa position à lui; et si sa mémoire le sert, s'il n'oublie pas, s'il ne peut oublier un mot de ce rôle,—c'est que ce rôle n'est plus un rôle pour lui,—c'est ce qui est,—c'est une réalité;—car Marcel est Othello vrai, Othello avec sa haine acérée, Othello avec ses regards fauves et luisants comme ceux de la hyène qui tient sa proie.
CHAPITRE DERNIER.
LA SECONDE SCÈNE DU CINQUIÈME ACTE D'OTHELLO.
Rien n'est beau que le vrai;—le vrai seul est aimable.
Oh! si je pouvais croire à ton amour:—ces idées de doute et de mépris ne viendraient pas m'assaillir... Fais donc que j'y puisse croire, tu en sais le moyen.—Un mot... un seul mot de ta main...