JEHAN POL,—Oubli et Consolation.

Les hôtes de Lussan et leurs amis remplissaient la salle, comme pendant les actes précédents.—Les lumières scintillaient; les fenêtres ouvertes laissaient entrer le parfum des fleurs; les figures étaient souriantes, déridées par la certitude que la mortelle tragédie allait finir, et que l'amusante comédie allait commencer...

Georges, M. de Cérigny et madame de Lussan qui n'avaient pas pris de rôle, étaient assis au premier rang.

Lorsque Marcel entra en scène, il y avait sur sa figure une impression si puissante, que les spectateurs les plus froids l'admirèrent; Hortense elle-même ne put s'empêcher de dire:—qu'il est beau!

C'est qu'en effet, il était sublime;—car dès que le désespoir a mis sa brûlante empreinte au front d'un homme; cet homme devient beau, d'une effrayante beauté.—Beau... de la beauté de Caïn!...

—Aussi, on était bien disposé à rire, bien prévenu contre Marcel, et pourtant on se sentait subjugué par l'expression de tristesse fatale, et de mélancolie amère avec laquelle Marcel récita son monologue.—Nous transcrirons Shakespear.—Seulement nous dirons Marcel et Hortense, au lieu de Desdémona et d'Othello.

Après la scène d'Iago et d'Émilia, on le sait, le théâtre change et représente une chambre à coucher.—Desdémona est endormie sur son lit, cachée par les rideaux.

HORTENSE endormie, MARCEL.

MARCEL.—C'est la cause, c'est la cause: ô mon âme! ne permettez pas que je la dise devant vous, chastes étoiles!—Cependant je ne voudrais pas verser son sang.—Je ne voudrais pas déchirer son sein plus blanc que l'albâtre des tombeaux..... Pourtant il faut qu'elle meure! autrement, elle trahira encore d'autres hommes... Éveillons-la... (il l'éveille).

HORTENSE.—«Qui est là?.. Othello!