La Juana était une paysanne dont le père était fermier de don Andrès;—une belle jeune fille, brune, grande, svelte, véritable type d'Andalousie.

—Holà, Juana!—appela don Andrès.

A la voix du maître,—la Juana se tut, et bientôt nous la vîmes arriver avec ses deux sœurs aussi fort jolies et vêtues comme la Juana de la Saïa—avec des fleurs naturelles dans leurs cheveux noirs, et chaussées de satin,—car en Espagne tout le monde est chaussé de satin.

—Holà! Juana, dit le maître... quelle mouche te pique?

—La Cucaracha... répondit la folle jeune fille avec un éclat de rire mal dissimulé...

—C'est la Cucaracha—dirent aussi les deux sœurs.

—Si c'est la Cucaracha,—c'est différent reprit fort sérieusement don Andrès; mais alors dansez et chantez là, mes filles. Qu'en dites-vous...—me demande-t-il?...

—Moi, je dis bravo;—mais la Cucaracha?...

—Allons, dit le maître sans me répondre en frappant dans ses mains, allons Anda, anda salero...

Et la Juana se reprit à chanter de sa voix sonore et un peu monotone. Une des jeunes filles l'accompagnait sur trois cordes de sa guitare, tandis que l'autre, agitant des castagnettes, dansait une de ces segendillas si gracieuses et si lascives.