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Alors, dit Méina, je vois bien qu'il faut que je me tue.—Pourquoi vivrais-je...—Aussi pourquoi m'ont-ils guéri! j'étais si heureuse étant folle... quel mal leur faisais-je ainsi! A leurs yeux j'étais punie... puisque je devais être punie...—A leurs yeux... oui... mais ce n'était pas le compte de leur vengeance... Il fallait qu'ils me rendissent la raison pour l'assouvir, leur vengeance!—La raison!!—aussi maintenant je vais raisonner ma souffrance,—me rappeler si ma douleur d'hier a été aussi vive que celle d'aujourd'hui, et songer à ce que sera celle de demain.—Et puis je comprendrai les rires insultants quand on me montrera au doigt en disant:—Voilà la folle.—Je comprendrai! quand les mères diront à leurs filles: Voyez, comme le doigt de Dieu l'a frappée!—Je comprendrai!—quand les maris diront à leurs femmes: Balthazar a tué son Roméro, Madame...—Voilà pourtant ce que j'endurerais avec la raison qu'ils m'ont rendue; mais moi je ne veux pas!
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Telles furent les pensées de Méina quand on l'eut arrachée à sa folie.—Aussi elle se tua.
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Pour cette cause, on ne voulut pas dire à l'église les prières des morts sur sa tombe.—Elle fut comme Roméro enterrée loin des lieux bénits.—Personne ne suivit son cercueil dans le champ inculte et couvert de ronces où on le jeta. Personne que sa vieille, vieille nourrice.—Et comme elle avait planté en pleurant une pauvre croix sur la terre où reposait celle qu'elle avait bercée toute petite,—le prêtre fit ôter la croix, parce que Méina était morte en païenne.—Mais la vieille nourrice reconnut bien l'endroit, et vint, chaque soir, enveloppée dans sa mante, y dire de saintes prières, et demander au Ciel d'absoudre son enfant.—Car elle appela toujours Méina son enfant.
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Don Balthazar vendit sa maison d'el Puerto et le champ où reposait Méina, puis, avant de partir pour Séville, fut trouver le vieux serviteur bohémien de Roméro, pour lui acheter le beau cheval de son maître, afin de se servir dans les courses de ce vaillant animal.—Le vieux Bohémien le vendit pour beaucoup d'or, et dit à la mère de Roméro, qui eût été si heureuse d'avoir au moins le cheval de son fils..., puisque son chien avait été tué... il dit à la mère de Roméro:—Madame, le cheval est aussi mort.—Don Balthazar se servit long-temps de Péliéko, qui s'était encore plus attaché à lui qu'à Roméro.
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On dit que la folie est un mal; on a tort,—c'est un bien.