—Le but de tout cela est de faire comprendre ce que signifie ce mot la Cucaracha attaché en tête de ce recueil de contes,—sinon amusants, au moins variés.
—Que si des critiques me demandent pourquoi j'ai plutôt appelé ce livre la Cucaracha—que Contes,—je répondrai que cette naïve tradition espagnole m'a paru parfaitement rendre ce besoin insurmontable de conter ou d'écrire qui nous atteint quelquefois; car, ainsi que cette mouche aux mille couleurs, vive, indocile et légère, qui tantôt repose son vol inconstant sur le front pur d'une jeune fille ou sur la résille d'un hideux Bohémien... l'imagination aussi emportée par une exaltation fièvreuse peut s'abattre sur une fraîche illusion ou sur une réalité sombre et fatale.
Que si le critique obstiné, non encore satisfait de cette explication en veut encore une autre,—je lui dirai, puisqu'il le faut, que j'ai choisi ce titre, parce qu'il se liait par ma pensée à un des plus beaux moments de ma vie; à cet âge où parfois le repos, l'insouciance et la paresse coupaient si délicieusement une existence active et voyageuse; à cet âge où j'amassais tant de souvenirs et tant de matériaux;—sans me douter jamais qu'ils serviraient un jour de base à l'éphémère et fragile monument que je tente d'élever.
Parmi ceux des contes maritimes qui complètent ce volume, il en est un, autrefois publié en partie dans la Mode,—qui est historique, sauf quelques détails.—Je veux parler du combat de Navarin. J'aurais désiré, dans cette relation, donner une marque de souvenir à d'excellents officiers de la marine royale, mes bons et chers camarades du Breslaw,—dire tout ce que je vis de courage, de sang-froid et de folle témérité prodigués par eux dans cette action meurtrière, mais il aurait fallu pour cela citer tout l'état-major du vaisseau, et ces nobles noms sont d'ailleurs écrits sur une des plus belles pages de notre histoire maritime.
Pourrai-je maintenant répondre à l'un des critiques les plus éclairés de notre époque, qui, tout en m'encourageant avec éloge à suivre la voie que j'ai tracée le premier,—m'a reproché de n'avoir jusqu'ici rien publié d'historique.—Je crois avoir dit quelque part—qu'avant de faire mouvoir mes personnages au milieu d'évènements historiques, j'avais voulu d'abord familiariser les lecteurs avec l'étrangeté de leurs mœurs et de leur langage.
—J'ose considérer cette première partie de ma tâche comme à peu près remplie.—Aussi m'occupai-je en ce moment d'une de nos phases maritimes les plus glorieuses et peut-être les moins connues par leurs résultats inespérés:—Je veux parler de notre guerre dans l'Inde en 1780,—sous les ordres du bailli de Suffren.—Tel sera du moins le sujet de la Tour de Koat-Ven, roman historique qui, je crois, paraîtra, bien prochainement.
Et je ne mets cette sorte d'importance à me justifier de ce reproche, que parce que j'ai pressenti que notre Histoire nationale maritime renfermait des ressources inouïes pour le romancier, et qu'à la question purement littéraire se joindrait peut-être plus tard une question sociale et politique d'un ordre élevé, si l'on pouvait amener les masses à concevoir l'importance de la marine en France.
Et qu'on me permette de rappeler encore ici ce que j'ai dit ailleurs[B].
[B] Préface de la 4e édition de Plik et Plok.
«Ce que j'appelais de tous mes vœux est enfin arrivé. Une mine puissante et féconde est ouverte.—Peu m'importe qu'on oublie celui qui l'a signalée—si, habilement exploitée par ceux que j'ai précédés, mais qui me dépasseront sans doute, elle enrichit la France d'une littérature nouvelle.