Ainsi donc, Crâo, laid, bossu ignoble, ayant l'intime conviction de ne devenir jamais beau, bien fait et élégant, enveloppait tous ses contrastes dans une exécration cordiale.
Surtout pendant les heures qui suivirent son étrange apparition sous le péristyle de l'hôtel. Jamais il n'avait senti plus amèrement l'horreur de sa position.
Le comte de Lussan avait élevé Crâo par pitié.—C'était le fils d'un de ses piqueurs tué à la chasse par accident. Comme cet enfant, né difforme et infirme; ne pouvait rendre aucun service dans sa maison, M. de Lussan l'avait mis en état d'être à peu près son secrétaire, en lui faisant donner une éducation passable. Ordinairement Crâo regagnait les combles où il logeait, par un escalier de service; mais les préparatifs de la fête ayant masqué ce passage, il avait été obligé de venir chercher une autre entrée sous le vestibule où lui arriva l'aventure que vous savez.
Il avait souvent vu venir à l'hôtel M. de Cérigny, sa femme et Georges, et comme les laquais sont toujours les premiers instruits des intrigues, Crâo connaissait parfaitement les rapports qui liaient si intimement toutes ces heureuses personnes; mais il connaissait aussi les tolérances mutuelles qui rendaient ces liens si difficiles à briser.
Et c'est ce dont Crâo enrageait; car Georges et Hortense étant à ses yeux le type du beau et du bonheur, le vilain bossu eût mille fois donné sa chétive existence pour changer cette félicité en tourment.—On concevra l'embarras de Crâo en lisant ce qui suit.
CHAPITRE IV.
QUARRÉ PARFAIT.
N'ayant pas même l'ennui d'un frère, elle était la plus libre de celles qui se soient jamais mirées dans une glace.
BYRON, Don Juan.
Dans la suite, Callias riche Athénien, étant devenu amoureux de la femme de Cimon, Cimon la lui céda, dans tout le reste de sa conduite, Cimon fit paraître une admirable grandeur d'âme, on le proclamait l'égal de Miltiade...
PLUTARQUE, Hommes Illustres. Vie de Cimon.