—C'est bien, va m'attendre à bord.

J'embrassai Loretta, et je gagnai le rempart.—Mon ami Wolf s'y trouvait déjà.—Il était un peu pâle, mais il souriait; et sa figure avait même une expression de douceur que je n'avais pas remarqué la veille.—

Il vint à moi, et, me tendant la main:—J'étais sûr de vous voir, me dit-il... tant je comptais sur votre obligeance et sur les effets d'une sympathie que je n'avais ressentie pour personne, je vous jure...

Je lui secouai cordialement la main, et lui demandai à quoi je pouvais lui être utile.

—Mon cher ami,—puisque vous me permettez de vous donner ce nom,—répondit-il,—j'ai d'abord mille excuses à vous faire d'avoir abusé hier de vos moments, pour vous raconter une bien misérable histoire.

—Ma foi,—lui dis-je (et c'était vrai)—que le diable m'emporte si j'y pensais... mais bah... le Madère et le Xérès vous auront poussé au roman, mon cher Wolf... et vous vous serez vanté,—ne parlons plus de cela... encore une fois je l'avais oublié.

—Oh non, ajouta-t-il avec un sourire triste, je ne me suis pas vanté;—tout cela s'est passé comme je vous l'ai dit,—et vous êtes le seul,—ajouta-t-il en attachant sur moi ses grands yeux bleus mélancoliques,—vous êtes le seul qui sachiez cette aventure fatale.

—Et vous pouvez compter sur ma discrétion, répondis-je.—Fausse ou vraie, cette histoire est à jamais perdue dans le plus profond oubli.

—Cela ne peut pas être ainsi, répéta-t-il toujours avec sa voix douce et sonore.—Vous savez qu'hier je vous avais prévenu; désormais ce secret ne peut être possédé que par vous—ou par moi,—par tous deux c'est impossible.

—Mon cher Wolf, est-ce bien sérieusement que vous me dites cela?