Arrivés là, on mit Claude debout, et on l'attacha à un poteau.

Au-dessous du poteau était une auge de pierre.

Et on chanta une multitude d'hymnes, de cantiques et de prières.

Et Toa-Ka-Magarow, qui unissait le pouvoir théocratique au pouvoir despotique, fit quelques contorsions, et s'avança tout près de Claude Belissan, en brandissant un long poignard fait d'une arrête de poisson.

Et le sang du clerc coula dans l'urne.

Et à cette sensation aiguë, douloureuse et froide, Claude, par une rétroaction singulière de la pensée, vint à songer à sa petite chambre, et à cette pluie d'été qui avait seule déterminé la série de causes et d'effets qui l'amenait sous le couteau des anthropophages; et par une soudaine puissance intuitive, il put embrasser tout cet espace de temps en moins d'une seconde.

Et dans l'espèce de vertige fantastique qui le saisit, il lui sembla voir des chevaux danois, le grand coureur et Catherine qui tournoyaient autour de lui en poussant de singuliers cris.

Et il ne lui sembla plus rien.

Et ce fut fait de Claude Belissan, ex-clerc de procureur, homme de la nature, duquel les naturels de Hatouhougou se régalèrent, après avoir respectueusement offert ses oreilles à Toa-Ka-Magarow, comme la partie la plus délicate de l'individu.

UN REMORDS.