Une de ces fautes irréparables dont le souvenir au lieu de s'effacer avec l'âge s'envenime de plus en plus, et finit par devenir incurable.
Une de ces fautes contre lesquelles les lois n'ont pas de cours, parce que le coupable étant à la fois criminel, juge et bourreau, est encore abandonné aux mépris du monde, punition plus sanglante que la hache de l'échafaud.
Mais ne prenez pas ceci pour un paradoxe au moins! écoutez plutôt ce qu'il advint à Albert.
CHAPITRE III.
Il y avait bientôt un an de cela.
Une amie de la mère d'Albert étant venue passer l'été au château, avait amené avec elle sa fille,—Emma,—blonde, blanche et rose, avec de grands yeux noirs bien tendres, un pied furtif et une taille d'abeille, vive et folle comme un oiseau, parce qu'elle avait dix-sept ans, mais parfois rêveuse parce qu'elle allait en avoir dix-huit.
Et puis Emma avait été élevée dans un pensionnat à la mode, et puis sa mère qui ne l'aimait pas, allant beaucoup dans le monde, l'avait confiée aux soins d'une gouvernante.
Et puis encore Emma était de ces jeunes filles précoces, qui les yeux humides et voilés, font quelquefois à leurs amies de pension, d'amoureuses confidences à propos d'un rêve,... d'un souvenir, et toutes troublées leur demandent,—et toi?