Aussi à défaut de cette nature pâle et décolorée que reflèterait si bien sa tristesse,—Albert recherche au moins le silence et l'obscurité de la forêt, les ténèbres profondes que traverse parfois la lueur incertaine d'un rayon de soleil.

Alors il éprouve une sorte de bien-être mélancolique, à se sentir ainsi isolé,—à entendre le chant monotone du ramier, venir se mêler seul, au bruit sonore et retentissant des pas de son cheval.

Alors Albert laissant flotter ses rennes—insouciant de son chemin, s'ensevelit dans une cruelle rêverie, et souvent ses sourcils contractés, la rougeur qui colore tout à coup ses beaux traits, annoncent que ce cœur d'enfant connaît déjà la souffrance.

CHAPITRE II.

La souffrance! quoi si jeune!—oui la souffrance,—car il sait ce que c'est qu'un remords.

Un remords, ce souvenir fatal de chaque minute de votre vie,—qui s'accouple à vos rêves, qui vous éveille en sursaut,... qui comme la main fatale du festin de Balthazar, s'écrit partout au sein du luxe et des fêtes, et s'accroupissant au fond le plus intime de votre âme, précipite ou suspend à son gré les battements de votre cœur.

Le remords, enfin, qui n'est pas un vain mot, Albert le sait bien.

Le remords!—Mais encore quel crime a-t-il commis,—ce pauvre enfant, si candide, si croyant aux nobles choses, si aimant et si doux,—si gracieux et si beau,—car la laideur de l'âme naît souvent des conséquences de la laideur du visage.

Encore une fois, quel crime Albert peut-il avoir commis,—lui élevé par une mère si tendre et si éclairée, qui par une incroyable puissance d'amour maternel s'était pour ainsi dire faite de son âge, de son sexe, pour deviner ses goûts, ses penchants et les diriger ou les combattre...

Oh! Albert commit une de ces fautes qu'on se reproche toute la vie, et sur lesquelles on ne peut pas plus étendre le voile épais de l'oubli, que l'on ne peut regagner un jour passé.