—«Tenez, me dit mon ami Wolf, en m'arrêtant par le bras et fixant sur moi ses yeux étincelants,—nous nous entendons si bien tous deux qu'il faut que je vous dise une histoire qui m'est arrivée; mais ceci est entre nous au moins, ajouta-t-il avec un regard presque féroce, que le bon Dieu m'étrangle si je sais pourquoi je vous fais cette confidence, si c'est le punch, ou l'air, ou la fatalité, ou le diable qui m'y force, mais je ne puis m'empêcher de vous raconter cela, et pourtant, quand vous m'aurez entendu, je suis sûr que vous me regarderez comme le dernier des misérables,—mais c'est égal encore une fois, je ne puis m'en empêcher...—
Il y avait dans l'expression de la figure, dans l'accent de la voix de mon ami Wolf, un tel caractère de vérité que je compris parfaitement cette influence de l'ivresse qui vous pousse à l'indiscrétion, influence fatale, dont on se rend compte, que l'on maudit, mais qu'on n'a pas la force de combattre, s'agirait-il d'un secret sacré.
Aussi dis-je prudemment à mon ami, j'aimerais mieux attendre à demain, nous serions plus calmes et alors...
—«Pardieu, je crois bien que nous serions plus calmes, mais alors je ne vous dirais plus mon histoire, et il faut que je vous la raconte... Pourtant voyez-vous il est possible que demain quand je penserai à la folie que je fais étant gris, il est possible que je vous propose de nous brûler la cervelle à pair ou non, afin que mon secret soit éteint par votre mort, ou rendu sans importance par la mienne... Je sais bien que vous allez me dire que c'est ridicule, mon cher, mais que voulez-vous y faire, c'est comme cela...»
Ce diable de Wolf avait tant de naïveté et d'abandon dans ses manières que je n'eus pas la force de lui en vouloir, moi, et encore moins la pensée de reculer devant une confidence dont les résultats promettaient autant...—Je me disposai donc à écouter, nous nous assîmes sur le couronnement et il commença après m'avoir affectueusement serré la main.
§ II.
LE RÉCIT.
«Il y a environ deux ans de cela me dit Wolf,—c'était pendant la guerre, je commandais une goëlette dans la Méditerranée, ma mission se bornait à convoyer de temps à autre des bâtiments marchands,—Je me trouvais alors mouillé à Porto Venere, petit port d'Italie entre le golfe de Gênes et celui d'Especia, près des îles Palmeries.—
«J'avais la plus entière confiance dans mon second, et j'allais fréquemment à terre, quoique la ville de Porto Venere fut horriblement triste, mais le fait est que j'y avais fait la connaissance d'une fort jolie demoiselle dont le père était capitaine de port.