«Je ne sais comment diable elle était venue en Italie, mais elle était Péruvienne et s'appelait Pépa.
«Figurez-vous,—mon cher,—dix-huit ans,—un teint orangé,—des lèvres rouges comme du corail, des dents bien blanches, une taille... à tenir là dedans,—une gorge un peu forte, et des hanches... ah! des hanches comme une Andalouse,—et puis des yeux... vous savez, toujours fermés à demi, comme ceux de quelqu'un qui sommeille... et puis une forêt de grands cheveux noirs et épais... et puis encore des sourcils à l'avenant.
«Aussi, mon ami, si vous l'aviez vue avec un peignoir serré seulement autour de sa taille par une ceinture, nu-tête, et se balançant au frais dans son hamac de jonc... Vrai Dieu... c'était à en devenir fou.—Aussi j'en devins fou.—
«Sa mère était morte, et son père était un vieux brave homme, assez butor; je me trouvais avec lui en relation continuelle de service, je m'arrangeai pour lui être utile, il m'en sut gré, m'ouvrit sa maison, c'est tout ce que je voulais.—
«C'était beaucoup;—mais Pépa avait une vertu fort tenace, et des principes religieux, profonds et arrêtés; pour tâcher de me mêler à leur influence,—je les partageai.—
«Je m'agenouillai donc avec elle pour invoquer Dieu, et vous ne sauriez croire combien je trouvais de charme dans ces prières, car je lui avais dit une fois:—
«Pépa, il y a ce me semble une pensée d'égoïsme à prier pour soi... si vous vouliez, vous prieriez pour moi, Pépa? et alors moi, je prierais pour vous?...—
«La pauvre enfant accepta l'échange, et comme elle me demandait un jour la forme de l'invocation que je faisais pour elle, je lui dis franchement, qu'elle consistait en ceci:—mon Dieu, faites donc qu'elle m'aime, car je l'aime bien.—
«Elle me bouda, rougit, et finit par me dire, qu'elle au contraire ne demandait ardemment qu'une chose au ciel,—c'était de ne pas m'aimer.—
«Vous jugez que cet aveu me rendit plus amoureux que jamais, je ne la quittais pas, je l'obsédais, et enfin je parvins à la convaincre de ma passion, qui entre nous, je l'avoue, était aussi violente qu'on puisse l'imaginer,—jusque là voyez-vous, je n'avais eu que des filles; aussi j'aimais pour la première fois, j'aimais avec délire, parce qu'il y avait un cœur et un noble cœur, chez cette femme-là.—Savez-vous qu'un jour elle me dit,—je suis bien contente que vous soyez marié, Wolf, comme je suis pauvre,—au moins vous ne penserez pas que je vous aime pour vous épouser,—que je vous aime parce que vous êtes riche.»