Sa grande lettre aurait-elle fait plus de plaisir à Emma si elle eût été moins vaste,—non sans doute, à en juger par l'impatience qui agita la jeune fille jusqu'au moment où seule, retirée dans sa chambre, elle put ouvrir le délicieux billet.

Mais que pouvait contenir le billet?

CHAPITRE VII.

Quand Emma eut renvoyé ses femmes tout étonnées qu'elle voulût se coiffer et se délacer elle-même,... la jeune fille tira peu à peu de son corset la lettre d'Albert et se mit à la déplier.

Puis soit qu'elle pensât qu'un tel travail serait bien long, soit qu'elle voulût mieux savourer le plaisir en le retardant... elle posa le gros vilain papier sous les dentelles de son oreiller et se déshabilla lentement.

Il y eut un instant où ses joues devinrent pourpres, ce fut au moment où debout devant sa glace, demi nue, elle élevait au-dessus de sa tête ses beaux bras blancs et arrondis, pour soutenir son épaisse et longue chevelure blonde.

Ainsi placée, éclairée à demi par la lueur des bougies placées derrière elle, qui trahissaient par un reflet doré les délicieux contours de ce corps charmant à travers les plis diaphanes de la batiste... Ainsi placée, Emma ne pouvant s'empêcher de se trouver belle, adorable, ne put pas non plus s'empêcher de rougir de plaisir et d'orgueil, ou peut-être même de modestie.

Et puis aussi il lui sembla qu'elle en aimait deux fois plus Albert; car il y a quelquefois dans le cœur des femmes de ces moments d'abnégation entière;—ils sont rares—où elles aiment leur amant en raison du bonheur et de l'ivresse dont elles peuvent le combler.

Emma se coucha donc, prit une bougie près d'elle et après avoir vingt fois approché ses jolies lèvres du rude papier, elle le déplia lentement, soupirant à de longs intervalles... souriant... s'arrêtant pour réfléchir une seconde et après continuer son travail avec ce soin minutieux, cette attention dévorante que met l'antiquaire à dérouler un précieux papyrus Syrien...

Enfin la lettre se déploya tout entière, et Emma lut bien facilement ce qui suit.