CHAPITRE VIII.

MADEMOISELLE,

«Je ne me serais jamais permis de vous écrire, si le motif qui me décide n'était licite et honorable,—pour vous donner toute confiance, pour vous engager à lire cette lettre en entier, Mademoiselle, je me hâte de vous dire que ma mère, que mon grand-oncle l'ont approuvée...

Emma s'arrêta, et eut bien envie de ne pas continuer; mais le dépit,—mais la curiosité,—la colère l'emportant, elle lut encore.

«J'ai été sur le point d'être bien coupable, Mademoiselle, mais heureusement que les principes solides que ma mère m'a donnés—m'ont arrêté à temps.—J'ai senti que j'allais vous aimer, que je vous aimais... j'ai même poussé l'audace jusqu'à vous l'avouer... avant de vous dire que mes vues étaient légitimes... avant de vous avouer que d'après les ordres de ma mère, je ne pouvais penser à me marier qu'à l'âge de vingt-cinq ans...—mais pardonnez ces détails à un malheureux égaré un instant et qui fuit loin de vous.

«Oui, Mademoiselle,—je pars,—je vais tâcher de vous oublier,—l'honneur et la vertu le commandent et je réussirai, j'en suis sûr;—plus tard je vous reverrai peut-être, assez fort pour ne rien craindre,—assez heureux pour vous rappeler le moment qui a failli nous être si fatal, et qui n'a au contraire servi qu'à faire sortir notre vertu plus pure et plus brillante de cette dangereuse épreuve.

«Adieu, Mademoiselle, j'emporte avec moi la conscience d'un noble sacrifice, d'une action honorable,—cette conviction consolante adoucira, je n'en doute pas, les regrets que j'éprouverai d'être éloigné de vous, et ma raison, et ma vertu les calmeront tout-à-fait.

«Agréez, Mademoiselle, l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être,