«ALBERT DE NÉRIS.»

La pauvre Emma lut cette lettre,—en entier,—sans passer un mot,—une virgule,—avec l'attention désespérante qu'on met à lire une chose curieuse,—inusitée, singulière, originale.

Puis pâlissant de colère, elle froissa le papier dans ses petites mains, le jeta loin d'elle disant en pleurant:—Mon Dieu! comment se fait-il que j'aie aimé un pareil imbécile... que je l'aie aimé sans arrière-pensée, que je l'aime peut-être encore... Mon Dieu! comme je suis malheureuse. . . . . . . . .

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Le lendemain matin Albert partit sans voir Emma, pour se rendre chez son oncle,—au grand contentement de madame de Néris qui avait d'autres vues sur Albert, et qui trouvait d'ailleurs Emma beaucoup trop coquette pour ce fils chéri.

CHAPITRE IX.

L'été, l'automne, l'hiver se passèrent.

Albert ne revint chez sa mère que huit mois après son départ.—Emma, comme on le pense bien, n'était plus au château, elle l'avait quitté avec sa mère trois mois après la vertueuse fuite du Scipion—à la fin de l'automne.

Comme toute première passion,—l'amour d'abord s'était fortement enraciné dans le cœur d'Albert,—et pendant les deux premiers mois de sa séparation avec Emma, il se trouva si malheureux,—que pour le distraire, le bon oncle le mena à Paris.

Albert n'ayant pas encore fait son académie, comme disait son vieux gentilhomme d'oncle, selon l'antique usage de nos pères.—Il l'envoya au manége, à la salle d'armes, au tir.