Albert faisait ces judicieuses et morales réflexions, assis dans son fauteuil et nettoyant avec insouciance les nombreux tiroirs d'un antique secrétaire qu'il ouvrait pour la première fois depuis son retour, et dans lequel il se disposait à ranger quelques papiers.

Car pendant son absence,—un de ses amis ayant occupé sa chambre,—avait laissé de ces traces qu'on rencontre toujours à la suite des gens peu soigneux; ici un livre déchiré,—là des capsules pour amorcer un fusil,.. là un vieux gant...

Enfin Albert secouait chaque tiroir,—en disant de son ami, dont le moral lui paraissait connu;—diable d'Alexandre... pas plus d'ordre qu'à l'ordinaire,... toujours brouillon,... sans soin,... bon garçon au reste,.., qui m'effrayait beaucoup avec ses principes faciles et sa morale complaisante, avant ma conversion... Eh bien! avec tout cela il est imprudent, audacieux, laid, assez médiocre d'esprit, et c'est pourtant un homme qui, m'a-t-on dit, a des succès dans le monde,... auprès des femmes, je le conçois, il les obsède, il ne les quitte pas, il les entoure de tant de soins, qu'elles doivent enfin lui céder par amour,... ou pour s'en débarrasser;... mais,... tiens,... que vois-je donc, un petit papier,... une écriture de femme sans doute;—l'insouciant,... je le reconnais bien là,... et puis,... un autre... oh diable!... quel papier froissé, on dirait une pétition mal reçue et égarée dans la poche d'un ministre... Voyons donc,... est-ce que mon ami Alexandre... solliciterait?... Ah! mon Dieu!... s'écria Albert, en jetant la pétition avec violence.

Puis il prit le petit papier le déplia et lut avidement.

Après quoi il pâlit,—blasphéma horriblement, et trépigna comme un enfant en colère.

Voici pourquoi:

Le papier froissé,—c'était cette belle page de vertu et de dévouement qu'il avait autrefois écrite à Emma.

Le petit papier couvert d'une écriture de femme,—c'était une lettre d'Emma adressée à Alexandre,—qui s'était rencontré avec elle au château, et avec qui elle y était restée pendant trois mois, après la vertueuse fuite d'Albert.

Voici quelle était la lettre d'Emma:

«Tu m'as demandé encore un sacrifice, mon Alexandre,—et je croyais n'en avoir plus aucun à te faire.—Tu veux donc lire ce chef-d'œuvre d'innocence et de candeur dont nous avons tant ri,—le voici, après l'avoir lu, déchire-le, ou plutôt garde-le... S'il te prenait jamais fantaisie de séduire une pauvre jeune personne, relis cette page édifiante, tâche de te bien pénétrer de la sublime morale qu'elle respire,—et si tu parviens une fois à te mettre à cette hauteur de pureté d'émotions, je te verrai sans crainte auprès d'une rivale.