Le monde répondra:—cela prouve qu'il a au moins le sens commun.—Péché avoué est à moitié pardonné;—qu'il ne recommence plus, et l'on verra... Mais par Dieu, il aura fort à faire pour faire oublier une pareille énormité.
Oui, voilà ce que dira le monde et ce qui m'oblige à conclure par cet aphorisme qui est peut-être désolant,—mais qui avant tout est vrai, je crois.—
—On se repent toujours du bien qu'on a fait,—et l'on regrette souvent le mal qu'on aurait pu faire,—ou mieux,—disons avec la Rochefoucault.—
Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine, que nos bonnes qualités.
UN CORSAIRE.
FRAGMENT DU JOURNAL D'UN INCONNU.
......Ayant obtenu de mon amiral un congé de quelques mois, je visitais alors en curieux tous les ports de la Manche, qui dans notre dernière guerre avec les Anglais, ont fourni une si grande quantité d'intrépides corsaires.
J'étais fort jeune alors, et comme je n'avais jamais vu de corsaire, j'aurais tout donné au monde pour en voir un, mais un vrai, un type, le blasphème et la pipe à la bouche, fumant de la poudre à défaut de tabac, l'œil sanglant, et le corps couvert d'un réseau de cicatrices profondes à y fourrer le poing.