Des avantages aussi positifs avaient frappé le marquis d'Elmont, qui, avouons-le, étant d'une nature assez peu clairvoyante, ne comprenait pas le moins du monde le caractère de Cécile, et qui, voyant un homme jeune, immensément riche, d'une figure agréable, demander la main de sa nièce, éprouvait le plus vif désir de voir cette union se conclure.
Or, le matin que vous savez, il entra chez mademoiselle d'Elmont, et lui dit brusquement:
—«Ma chère enfant, voilà ce qui arrive: un M. de Noirville, énormément riche, jeune, beau et bon garçon, qui sera bientôt député, vous demande en mariage. J'ai pris les renseignements, ils sont parfaits; seulement son origine est assez commune, son père était un parvenu; mais, au temps où nous vivons, on fait peu de cas des noms. Et puis d'ailleurs, ce garçon-là a l'espoir d'être député; une fois député, comme il est grand propriétaire, il peut bien devenir pair de France; quoique la pairie soit une bêtise maintenant, c'est un titre qui est toujours un peu plus décent que celui de député... Quelles sont vos intentions, mon enfant?...»
Cette proposition si inattendue et si étrange stupéfia Cécile, qui, à vrai dire, était bien loin de songer à se marier. S'isolant le plus possible de la réalité, elle s'était fait dans sa retraite un monde de pensées, où elle vivait tout entière; aussi répondit-elle d'abord à son oncle qu'elle ne voulait pas se marier.
«—C'est fort bien, mon enfant, dit le colonel; c'est fort bien quant à présent; mais que demain je meure, à qui vous confier? Voulez-vous que j'emporte avec moi la douloureuse incertitude de ne pas être fixé sur votre avenir que je voudrais voir si prospère et si beau? N'avez-vous pas promis à votre mère de vous fier à moi pour assurer votre sort?...»
A ces raisons, Cécile objecta qu'il fallait au moins qu'elle vît M. de Noirville.
Le surlendemain, il fut présenté chez le marquis.
Au premier abord, M. de Noirville déplut souverainement à Cécile; et après une conversation de cinq minutes, elle eut mesuré l'immense intervalle qui les séparait; aussi, lorsque la première visite fut terminée, elle déclara positivement à son oncle qu'elle aimerait mieux mourir que d'épouser jamais M. de Noirville.
Ce dernier continua nonobstant à se présenter chez le marquis, et Cécile persista plus que jamais dans ses refus.
En voyant la conduite de sa nièce, le colonel commença par se mettre en colère, puis il finit par se chagriner beaucoup, et sa santé s'altéra visiblement.