Ce jour-là, nous l'avons dit, mademoiselle d'Elmont était loin de penser à la demande qui la menaçait.

Assise dans le fauteuil de sa mère, elle lisait..., son beau front appuyé sur sa main blanche et effilée, que les longues boucles de ses cheveux bruns voilaient sans la cacher; elle était vêtue d'une robe blanche, et chaussée avec la plus minutieuse élégance d'un petit soulier de satin noir, quoiqu'il fût encore de très bonne heure.

Une vieille femme de chambre anglaise, que la marquise d'Elmont avait conservée depuis l'émigration, heurta à la porte du parloir, entra et demanda à Cécile si M. le marquis (le colonel avait pris le titre de son frère) pouvait se présenter chez Mademoiselle.

Cécile répondit que oui.

La demande et la réponse furent faites en anglais; car mademoiselle d'Elmont parlait à merveille l'anglais, l'italien et l'allemand.

—Que peut donc me vouloir mon oncle, de si bonne heure? demanda Cécile.

Et je ne sais quel cruel pressentiment vint l'affliger.

Avant que de parler à sa nièce des intentions que lui avait manifestées le notaire de M. de Noirville, l'excellent colonel avait pris les renseignements les plus minutieux sur ce prétendu, et, il faut le dire, partout ils furent des plus satisfaisants.

En effet, sauf son origine, M. de Noirville était un homme fort honorable, qui, par une économie bien entendue, avait presque doublé sa fortune. D'un caractère facile, généreux sans prodigalité, ayant toujours mis la plus grande convenance dans les liaisons qu'il avait eues, obligeant, d'une figure assez avenante, homme de manières sinon distinguées, au moins décentes, monsieur de Noirville pouvait passer, aux yeux des gens les plus scrupuleux, pour ce qu'on appelle un excellent parti.

J'oubliais de dire qu'il était à peu près certain d'être nommé député dans un département où il possédait d'immenses propriétés.