—Ou les faits reconnus—prouvent sa vérité,—et alors il donnent l’avantage de pouvoir se tenir en garde contre une société qui vous est hostile,—par cela même que vous êtes un de ses membres,—ou les circonstances font que cette vérité ne s’aperçoit pas tout entière;—alors on a l’avantage de pouvoir accuser la vérité d’exagération,—on a foi aux hommes,—et la croyance est d’autant plus douce que la méfiance a été plus amère.

Et puis d’ailleurs, pour dernière raison,—je dirai que je ne crois pas (quant à moi) qu’un écrivain puisse adopter, à son gré, tel ou tel système, consolant ou désespérant.

Il en est de cela comme du sentiment de la couleur chez un peintre.

—C'est un phénomène tout organique chez le peintre,—tout intime chez le poète.

—Conformation d’optique chez l’un,—disposition d’âme chez l’autre;—mais chez tous deux—la réaction de ces influences est irréfragable.

Rubens voyait blanc et rose,—le Murillo voyait jaune,—Michel-Ange voyait gris;—et ces tons prédominent dans leurs œuvres.

Il est inutile de dire que je cite ces grands noms comme preuves,—et non comme points de comparaison; mais il est, je crois, une façon de voir dominante chez tout homme intelligent—qui imprime à ses pensées, à sa logique et à ses créations un caractère identique.

L'éducation, l’expérience, le savoir, pourront modifier ou exagérer, mais jamais changer ce cachet,—bon ou fatal pour l’écrivain.

Encore une fois,—l’on se tromperait, en pensant que c’est de gaîté de cœur,—par caprice d’imagination ou fantaisie d’artiste qu’on se voue à telle croyance.

Non, non, ce n’est pas une œuvre d’art comme on dit,—qu’une conviction profonde, ardente et douloureuse qui fait corps avec vous, qui se révèle dans vos joies et dans vos larmes,—qui vous tient sous son implacable obsession, et colore tout de son reflet puissant...