La raison n’étant pas absolument mauvaise, je m’en contentai; et nous allâmes avec Tintilla, qui avait repris ses habits d’homme, chercher nos chevaux que le vieux nègre tenait par la bride.

—Ah! ça, dis-je à Tintilla, où sont les gens de Juan Dulce, que je leur donne ma bienvenue?

—Ils sont couchés... partons, partons, reprit-elle avec vivacité.

—Et leur maître?...

—Aussi couché... Mais à cheval! à cheval!....

Ceci me paraissait assez bizarre; pourtant je sautai en selle, avec l’abnégation insouciante qui alors surtout me caractérisait.

Il fallait que Tintilla fût alors bien pressée de sortir de la maison du respectable Juan Dulce, car, au lieu d’ordonner au nègre d’ouvrir une espèce de claire-voie de quatre pieds de haut qui servait de porte au jardin, elle fit intrépidement franchir cette barre à son cheval. Je la suivis, car Frasco sautait comme un cerf; et la grande mule blanche, encouragée par cet exemple, nous imita, malgré les cris et les injonctions contraires du vieux nègre, qui jetait des cris de paon.

Nous prîmes une ruelle qui nous conduisit sur la route où nous devions retrouver Hasth’y. Tintilla ne me disait mot; et, comme nos chevaux étaient lancés à fond de train, nous n’entendions que le branle sonore et régulier du galop qui retentissait sur ce sol ferme et battu et au loin derrière nous, les sonnettes de la grande mule blanche.

Pour la première fois, ce qui paraîtra bizarre peut-être, je me demandais où diable j’allais ainsi. Je commençai à trouver la conduite d'Hasth’y assez mystérieuse, et la demande de Juan Dulce à propos de l’escorte me vint à la pensée.

Après tout, me dis-je, je suis bien armé, bien monté; y compris le diable, je ne crains à peu près rien; voyons donc jusqu’au bout.