«Et quand le Juif a eu goûté de tout cela, les bons klephtes se sont en allés sans emporter seulement un talek, Shispa’y.

«De sorte que le Juif trouvant le chiraz meilleur que l’eau, le miel meilleur que le maïs, et la senteur de la gomme d’olive meilleure que l’odeur de sa masure, employa désormais ses sequins à acheter du chiraz, du miel et de la gomme d’olivier, et devint aussi prodigue qu’il avait été avare.

«Voilà ce qui arriva au Juif, Shispa’y. Maintenant écoute ce qui t’arrivera à toi, Shispa’y, écoute, car je sais l’avenir; je suis Bohême.—Et la Bohême prit la main de Shispa’y et lui dit...»

Mais voilà que mes souvenirs m’entraînent un peu trop loin; car il faut laisser ignorer la fin de ce boléro, qui est en vérité d’une naïveté un peu crue et tant soit peu biblique.

Tintilla, qui n’avait pas à garder avec moi les mêmes ménagements, la chanta jusqu’au bout; non pas tout à fait, car je l’interrompis avant la fin du jour... pour lui demander, je crois, si les petits pois fleurissaient en avril.

Après cette sotte et intempestive question, je m’endormis d’un profond sommeil.

Quand je m’éveillai, il était nuit close, et je pouvais voir les étoiles scintiller à travers les feuilles de vigne qui se balançaient sur ma tête; j’allongeai les bras, et je m’aperçus qu’une main charitable m’avait soigneusement couvert de mon manteau.

A ce moment, j’entendis marcher près de moi.—Qui va là?—C'est moi, Querido, répondit Tintilla. Allons, vite à cheval! il est tard; mon père est déjà parti. Nous le rejoindrons.

—Pourquoi diable ne nous a-t-il pas attendus? lui dis-je avec étonnement.

—Parce qu’il a de l’argent à remettre à un escribano de la rue Ancha, et qu’il ne veut pas te faire attendre à la porte de cet âne en robe.