— Oui, lui dis-je; au lieu de suivre l'avant-garde et de s'engager comme elle dans le défilé, l'armée franque s'arrête, se forme en nombreuses colonnes d'attaques et se dirige vers les plateaux. Courroux du ciel! ils font cette habile manoeuvre que tu redoutais… Ah! nous avons appris la guerre à ces barbares…
Victorin ne me répondit pas; il me parut nombrer les colonnes d'attaque de l'ennemi; puis, rejoignant au galop notre front de bataille, il s'écria:
— Enfants! ce n'est plus dans les défilés que nous devons attendre ces barbares… il faut les combattre en rase campagne… Élançons-nous sur eux du haut de ces plateaux qu'ils veulent gravir… refoulons ces hordes dans le Rhin… Ils sont deux ou trois contre un… tant mieux!… Ce soir, de retour au camp, notre mère Victoria nous dira: «Enfants, vous avez été vaillants!»
— Marchons! s'écrièrent tout d'une voix les troupes qui avaient entendu les paroles du jeune général, marchons!
Alors le barde Rolla improvisa ce chant de guerre, qu'il entonna d'une voix éclatante:
«— Ce matin nous disons: Combien sont-ils donc ces barbares qui veulent nous voler notre terre, nos femmes et notre soleil?
«— Oui, combien sont-ils donc ces Franks?
* * *
«— Ce soir nous dirons: Réponds, terre rougie du sang de l'étranger… Répondez, flots profonds du Rhin… Répondez, corbeaux de la grève!… Répondez… répondez…
«Combien étaient-ils donc ces voleurs de terre, de femmes et de soleil?