— Nous t'avions vu souvent en pointe de vin… nous te savions coureur de cotillons; on nous a dit qu'étant ivre, tu avais fait violence à une femme qui s'était tuée de désespoir… nous avons cru cela…
— Courroux du ciel! s'écria Victorin avec une douloureuse indignation, vous… vous avez cru cela du fils de ma mère?
— Oui, reprit le vétéran, oui… là a été notre tort… Donc, nous avons eu nos torts, toi les tiens; nous venons te pardonner, pardonne-nous aussi, afin que nous t'aimions et que tu nous aimes comme par le passé… Est-ce dit, Victorin?
— Oui, répondit Victorin ému de ces loyales et touchantes paroles, c'est dit…
— Ta main, reprit Douarnek, au nom de mes camarades, ta main!…
— La voilà, dit le jeune général en se penchant sur le cou de son cheval pour serrer cordialement la main du vétéran. Merci de votre franchise, mes enfants… je serai à vous comme vous serez à moi, pour la gloire et le repos de la Gaule… Sans vous, je ne peux rien; car si le général porte la couronne triomphale, c'est la bravoure du soldat qui la tresse, cette couronne, et l'empourpre de son généreux sang!…
— Donc… c'est dit, Victorin, reprit Douarnek dont les yeux devinrent humides. À toi notre sang… et à notre Gaule bien- aimée: à ta gloire!…
— Et à ma mère, qui m'a fait ce que je suis! reprit Victorin avec une émotion croissante; et à ma mère, notre respect, notre amour, notre dévouement, mes enfants!…
— Vive la mère des camps! s'écria Douarnek d'une voix sonore; vive Victorin, son glorieux fils!
Les compagnons de Douarnek, les soldats, les officiers, nous tous enfin présents à cette scène, nous avons crié comme Douarnek: