— Je tenterai de te sauver, lui dis-je, et malgré toi, s'il le faut…

Eu parlant ainsi, je m'étais approché de Marion, toujours étendu sur le dos; mais au moment où je me baissais vers lui, il replia ses deux genoux sur son ventre, puis il me lança si violemment ses deux pieds dans la poitrine, que je fus renversé sur l'herbe, tant était grande encore la force de cet Hercule expirant.

— Voudras-tu encore me secourir malgré moi? me dit Marion pendant que je me relevais, non pas irrité, mais désolé de sa brutalité; car, aurais-je eu le dessus dans cette triste lutte, il me fallait renoncer à venir en aide à Marion.

— Meurs donc, lui ai-je dit, puisque tu le veux… meurs donc, puisque tu oublies que la Gaule a besoin de tes services; mais ta mort sera vengée… on découvrira le nom de ton meurtrier…

— Il n'y a pas eu de meurtrier… je me suis frappé moi-même…

— Cette épée appartient à quelqu'un, ai-je dit en ramassant l'arme.

En l'examinant plus attentivement, je crus voir à travers le sang dont elle était couverte quelques caractères gravés sur la lame; pour m'en assurer, je l'essuyai avec des feuilles d'arbre pendant que Marion s'écriait:

— Laisseras-tu cette épée?… Ne frotte pas ainsi la lame de cette épée!… Oh! les forces me manquent pour me lever et aller t'arracher cette arme des mains… Malédiction sur toi, qui viens ainsi troubler mes derniers moments!… Ah! c'est le diable qui t'envoie!

— Ce sont les dieux qui m'envoient! me suis-je écrié frappé d'horreur. C'est Hésus qui m'envoie pour la punition du plus affreux des crimes… Un ami… tuer son ami!…

— Tu mens… tu mens…