— Hêna était fille de Joël, le brenn de la tribu de Karnak, mort, ainsi que sa femme et presque toute sa famille, à la grande bataille de Vannes, livrée sur terre et sur mer il y a plus de trois siècles; moi, de père en fils, je descends de Joël.

Le chant d'_Hêna _était si connu en Gaule que je vis (pourquoi le nier?) avec un doux orgueil les soldats me regarder presque avec respect.

— Sais-tu, Scanvoch, reprit Douarnek, sais-tu que des rois seraient fiers de tes aïeux?

— Le sang versé pour la patrie et la liberté, c'est notre noblesse, à nous autres Gaulois, lui dis-je; voilà pourquoi nos vieux bandits sont chez nous si populaires.

— Quand on pense, reprit le plus jeune des soldats, qu'il y a plus de trois cents ans qu'Hêna, cette douce et belle sainte, a offert sa vie pour la délivrance du pays, et que son nom est venu jusqu'à nous!

— Quoique la voix de la jeune vierge ait mis plus de deux siècles à monter jusqu'aux oreilles d'Hésus (c'est tout simple, il est placé si haut), reprit Douarnek, cette voix est parvenue jusqu'à lui, puisque nous pouvons dire aujourd'hui: Victoire à nos armes! victoire et liberté!

Nous étions arrivés vers le milieu du Rhin, à l'endroit où ses eaux sont très-rapides.

Douarnek me demanda en relevant ses rames:

— Entrerons-nous dans le fort du courant? Ce serait une fatigue inutile, si nous n'avions qu'à remonter ou à descendre le fleuve à la distance où nous voici de la rive que nous venons de quitter.

— Il faut traverser le Rhin dans toute sa largeur, ami Douarnek.