— Ton frère? m'écriai-je en frémissant, et croyant à peine à ce que j'entendais, quoique le récit de l'épouvantable dissolution des moeurs des Franks ne fût pas nouveau pour moi; ton frère?… tu partages son lit?…
La prêtresse ne parut pas surprise de mon étonnement, et me répondit d'un air sombre:
— Je partage le lit de mon frère depuis qu'il m'a fait violence… C'est le sort de presque toutes les soeurs des rois franks qui les suivent à la guerre… Ne t'ai-je pas dit que leurs soeurs, leurs mères et leurs filles étaient les premières esclaves de nos maîtres? Et quelle est l'esclave qui, de gré ou de force, ne partage pas le coucher de son maître?[3]
— Tais-toi, femme!… m'écriai-je en l'interrompant, tais-toi! tes monstrueuses paroles attireraient sur nous la foudre des cieux!…
Et, sans pouvoir ajouter un mot, je contemplai cette créature avec horreur… Ce mélange de débauche, de cupidité, de barbarie et de confiance stupide, puisque Elwig s'ouvrait à moi, qu'elle voyait pour la première fois, à moi, un ennemi, sur le fratricide, précédé de l'inceste, subi par cette prêtresse d'un culte sanglant, qui partageait le lit de son frère et se donnait à un autre homme… tout cela m'épouvantait, quoique j'eusse entendu, je le répète, souvent parler des abominables moeurs de ces barbares dissolus et féroces.
Elwig ne semblait pas se douter de la cause de mon silence et du dégoût qu'elle m'inspirait; elle murmurait quelques paroles inintelligibles en comptant les bracelets de cuivre dont ses bras étaient chargés; après quoi elle me dit d'un air pensif:
— Aurai-je bien neuf beaux bracelets de pierreries pour remplacer ceux-ci?… Tous tiendront-ils dans un petit sac que je cacherai sous ma robe en revenant à la hutte du roi mon frère pour le tuer pendant son sommeil?
Cette férocité froide, et pour ainsi dire naïve, redoubla l'aversion que m'inspirait cette créature. Je gardai le silence.
Alors elle s'écria:
— Tu ne me réponds pas au sujet de ces bijoux? Fais-tu le muet?