— Quel est le message de Victoria? reprit l'Aigle terrible.
Réponds…
Je restai muet, quoique la douleur devint pour moi fort grande… le fer de ma cuirasse s'échauffant de plus en plus, et dans toutes ses parties.
— Parleras-tu? s'écria de nouveau le chef frank, qui parut étonné de ma constance.
— Je te l'ai dit: le messager de Victoria parle debout et libre! ai-je répondu, sinon, non!…
Soit que le roi frank crût de son intérêt de connaître le message que j'apportais, soit qu'il se rendit aux observations de ses compagnons, moins féroces que lui, l'un d'eux déboucla la mentonnière de mon casque, me l'ôta de dessus la tête et alla remplir d'eau à la fontaine qui sourdait entre les roches de la caverne, et versa cette eau fraîche sur ma cuirasse brûlante, elle se refroidit ainsi peu à peu.
— Délivrez-le de ses liens, dit Néroweg, mais entourez-le… et qu'il tombe percé de coups s'il veut tenter de fuir…
Je repris mes forces pendant que l'on ôtait mes liens, car la douleur m'avait fait presque défaillir. Je bus un peu d'eau restant au fond de mon casque; puis je me levai au milieu des rois franks qui m'entouraient afin de me couper toute retraite.
Néroweg me dit:
— Quel est ton message?
— Une trêve a été convenue entre nos deux armées… Victoria et son fils m'envoient vous dire ceci: Depuis que vous avez quitté vos forêts du Nord, vous possédez tous le pays d'Allemagne qui s'étend sur la rive gauche du Rhin… Ce sol est aussi fertile que celui de la Gaule. Avant votre invasion, il produisait tout avec abondance; vos violences, vos cruautés ont fait fuir presque tous ses habitants; mais le sol reste un sol fertile… Pourquoi ne le cultivez-vous pas, au lieu de nous guerroyer sans cesse et de vivre de rapines? Est-ce l'amour de batailler qui vous pousse? Nous comprenons mieux que personne, nous autres Gaulois, cette outre-vaillance, et nous y voulons bien satisfaire; envoyez à chaque lune nouvelle, mille, deux mille guerriers d'élite, dans une des grandes îles du Rhin, notre frontière commune; nous enverrons pareil nombre de guerriers; on se battra rudement, et selon le bon plaisir de chacun, mais du moins, vous, Franks, d'un côté du Rhin, nous Gaulois, de l'autre, nous pourrons en paix cultiver nos champs, travailler, fabriquer, enrichir nos pays, sans être obligés, chose mauvaise, d'avoir toujours un oeil sur la frontière et une épée pendue au manche de la charrue. Si vous refusez ceci, nous vous ferons une guerre d'extermination pour vous chasser de nos frontières et vous refouler dans vos forêts. Lorsqu'on est si voisins, et seulement séparés par un fleuve, il faut être amis, ou que l'un des deux peuples détruise l'autre… Choisissez!… J'ai dit, au nom de Victoria la Grande et de son fils Victorin, j'ai dit!