À cette menace, les barbares effrayés courbèrent involontairement la tête, comme s'ils eussent craint d'être atteints par ces mystérieux malheurs, qui allaient s'échapper des mains de la prêtresse. Ils remirent leurs épées dans le fourreau: un grand silence se fit.
— Emportez l'Aigle terrible dans sa hutte, dit alors Elwig, la soeur va accompagner son frère blessé… le prisonnier gaulois sera gardé dans cette caverne par Map et Mob, qui m'aident aux sacrifices… Deux d'entre vous resteront à l'entrée de la caverne, l'épée à la main… La nuit approche… Quand elle sera venue, Elwig reviendra ici avec Nèroweg… Le supplice du prisonnier commencera, et je lirai les augures dans les eaux magiques où il doit bouillir jusqu'à la mort!…
Mon dernier espoir m'abandonna: Elwig, devant revenir avec son frère, renonçait sans doute au dessein que lui avait inspiré sa cupidité, dessein où je voyais mon salut… J'étais solidement garrotté, les mains fixées derrière le dos; un ceinturon enlaçant mes jambes à peine de marcher à très-petits pas. Je suivis les deux vieilles dans la grotte, dont l'entrée fut gardée par plusieurs chefs armés. Plus j'avançais dans l'intérieur de ce souterrain, plus il devenait obscur. Après avoir ainsi assez longtemps marché sous la conduite des deux vieilles, l'une d'elles me dit:
— Couche-toi à terre si tu veux; le soleil a disparu; je vais, avec ma compagne, en attendant le retour d'Elwig, entretenir le feu sous la chaudière… tu n'attendras pas beaucoup.
Les vieilles me quittèrent… je restai seul.
Je voyais au loin l'entrée de la caverne devenir de plus en plus sombre, à mesure que le crépuscule faisait place à la nuit. Bientôt, de ce côté, les ténèbres furent complètes; seulement, de temps à autre, le feu avivé par les vieilles sous la cuve d'airain jetait dans la nuit noire des clartés rougeâtres, qui venaient mourir au seuil de la grotte.
J'essayai de rompre mes liens; une fois les jambes et les mains libres, j'aurais tenté de désarmer l'un des Franks, gardiens de l'antre, et l'épée à la main, protégé par l'obscurité, je me serais dirigé vers les bords du Rhin, guidé par le bruit des grandes eaux du fleuve. Peut-être Douarnek, malgré mes ordres, ne se serait-il pas encore éloigné de la rive pour regagner notre camp; mais, malgré mes efforts, je ne pus rompre les cordes d'arc et les ceinturons dont j'étais garrotté. Déjà une sourde et croissante rumeur m'annonçait qu'un grand nombre d'hommes arrivaient et se rassemblaient aux abords de la caverne, sans doute afin d'assister à mon supplice et d'entendre les augures de la prêtresse.
Je crus n'avoir plus qu'à me résigner à mon sort; je donnai une dernière pensée à ma femme et à mon enfant, à Victorin et à Victoria.
Soudain, au milieu des ténèbres dont j'étais entouré, j'entendis, à deux pas derrière moi, la voix d'Elwig. Je tressaillis de surprise; j'étais certain qu'elle n'était point venue par l'entrée de la caverne.
— Suis-moi, me dit-elle.