— Moi seule connais cette issue secrète: mon frère et les chefs croiront, en ne nous trouvant plus ici, que je t'ai fait descendre chez les dieux infernaux… Ils me craindront davantage… Viens, viens! …
Pendant qu'Elwig me parlait ainsi, je la suivais à travers un chemin si étroit, que je sentais de chaque côté les parois des roches… Puis ce sentier sembla s'enfoncer dans les entrailles de la terre; ensuite il devint, au contraire, si rude à gravir pour mes jambes encore engourdies par la violente pression de mes liens, que j'avais peine à suivre les pas précipités de la prêtresse. Bientôt un courant d'air frais me frappa au visage: je supposai que nous allons bientôt sortir de ce souterrain.
— Cette nuit, lorsque j'aurai eu tué mon frère, pour me venger de ses outrages et de ses violences, me dit Elwig d'une voix brève, haletante, je fuirai avec un roi que j'aime… Il nous attend au dehors de cette caverne. Ce chef est robuste, vaillant, bien armé; il nous accompagnera jusqu'à ton bateau… Si tu m'as trompée, Riowag te tuera… entends-tu, Gaulois?…
Cette menace m'effraya peu… j'avais les mains et les jambes libres… Ma seule inquiétude était de ne plus retrouver Douarnek et la barque.
Au bout de quelques instants nous étions sortis de la grotte… Les étoiles brillaient si vivement au ciel, qu'une fois hors du bois où nous nous trouvions encore, l'on devait voir à quelques pas devant soi.
La prêtresse s'arrêta un moment et appela:
— Riowag!…
— Riowag est là… répondit une voix si proche, que le roi des guerriers noirs, qui venait de répondre à l'appel de la prêtresse, était sans doute tout près de moi, à me toucher.
Pourtant ce fut en vain que j'essayai de distinguer sa forme noire au milieu de la nuit. Je compris plus que jamais combien ces guerriers, se confondant avec l'ombre, devaient être redoutables pour les embuscades nocturnes.
— Y a-t-il loin d'ici les bords du Rhin? demandai-je à Riowag. Tu dois connaître l'endroit où j'ai débarqué, puisque tu étais le chef de ceux qui nous ont envoyé une grêle de flèches.