Je dis tout bas à Elwig en lui saisissant le bras:
— Ne bouge pas… attends…
Elle s'arrêta immobile… Maîtrisant mon émotion, je m'approchai avec précaution, tâchant de ne pas faire crier le sable sous mes pieds… Mon attente fut trompée, mes pas furent entendus; l'homme, averti, sauta du rebord de la fenêtre et prit la fuite. Je m'élançais à sa poursuite, lorsque Elwig, croyant que je voulais l'abandonner, courut après moi, me rejoignit, se cramponna à mon bras, me disant avec terreur:
— Si l'on me trouve seule dans le camp gaulois, on me tuera.
Malgré mes efforts, je ne pus me débarrasser de l'étreinte d'Elwig que lorsque l'homme eut disparu dans l'obscurité. Il avait trop d'avance sur moi, la nuit était trop sombre, pour qu'il me fût possible de l'atteindre. Surpris et inquiet de cette aventure, je frappai à la porte de ma demeure.
Presque aussitôt j'entendis au dedans du logis les voix de ma femme et de sa soeur, inquiètes sans doute de la durée de mon absence; quoiqu'elles ignorassent que j'étais allé au camp des Franks, elles ne s'étaient pas couchées.
— C'est moi! leur criai-je, c'est moi Scanvoch!
À peine la porte fut-elle ouverte qu'à la clarté de la lampe que tenait Sampso, ma femme se jeta dans mes bras, en me disant d'un ton doux et de tendre reproche:
— Enfin, te voilà!… nous commencions à nous alarmer, ne te voyant pas revenir depuis ce matin…
— Nous qui comptions sur vous pour notre petite fête, ajouta Sampso; mais vous vous êtes trouvé avec d'anciens compagnons de guerre… et les heures ont vite passé.