— Oui, l'on aura longuement parlé batailles, ajouta Ellèn, toujours suspendue à mon cou, et mon bien-aimé Scanvoch a un peu oublié sa femme…

Ellèn fut interrompue par un cri de Sampso… Elle n'avait pas d'abord aperçu Elwig, restée dans l'ombre à côté de la porte; mais à la vue de cette sauvage créature, pâle, sinistre, immobile, la soeur de ma femme ne put cacher sa surprise et son effroi involontaire. Ellèn se détacha brusquement de moi, remarqua aussi la présence de la prêtresse, et, me regardant non moins étonnée que sa soeur, elle me dit:

— Scanvoch, cette femme, quelle est-elle?

— Ma soeur! s'écria Sampso oubliant la présence d'Elwig et me considérant plus attentivement, vois donc, les manches de la saie de Scanvoch sont ensanglantées… il est blessé!…

Ma femme pâlit, se rapprocha vivement de moi, et me regarda avec angoisse.

— Rassure-toi, lui dis-je, ces blessures sont légères… je vous avais caché, à toi et à ta soeur, le but de mon absence: j'étais allé au camp des Franks, chargé d'un message de Victoria.

— Aller au camp des Franks! s'écrièrent Ellèn et Sampso avec terreur, c'était la mort!

— Et voilà celle qui m'a sauvé de la mort, dis-je à ma femme en lui montrant Elwig, toujours immobile. Je vous demande à toutes deux vos soins pour elle jusqu'à demain… Je la conduirai chez Victoria.

En apprenant que je devais la vie à cette étrangère, ma femme et sa soeur allèrent vivement à elle dans l'expansion de leur reconnaissance; mais presque aussitôt elles s'arrêtèrent, intimidées, effrayées par la sinistre et impassible physionomie d'Elwig, qui semblait ne pas les apercevoir et dont l'esprit devait être ailleurs.

— Donnez-lui seulement quelques vêtements secs, les siens sont trempés d'eau, dis-je à ma femme et à sa soeur. Elle ne comprend pas le gaulois, vos remercîments seraient inutiles.