— Oui… par ton nom auguste et cher, Victoria! nous combattrons jusqu'à la dernière goutte de sang!…

Et tous sortirent en criant:

— Aux armes! nos légions!…

— Aux armes! nos cohortes!…

Durant toute cette scène, où s'étaient si puissamment révélés le génie militaire de Victorin, sa tendre déférence pour sa mère, l'imposante influence qu'elle et lui exerçaient sur les chefs de l'armée, j'avais souvent, à la dérobée, jeté les yeux sur le gouverneur de Gascogne, retiré dans un coin de la chambre; était- ce sa peur de l'approche des Franks? était-ce sa secrète rage de reconnaître en ce moment la vanité de ses calomnies contre Victorin (car malgré la doucereuse habileté de sa défense, je soupçonnais toujours Tétrik)? Je ne sais; mais sa figure livide, altérée, devenait de plus en plus méconnaissable… Sans doute de mauvaises passions, qu'il avait intérêt à cacher, l'animaient alors; car, après le départ des chefs de légions, la mère des camps s'étant retournée vers le gouverneur, celui-ci tâcha de reprendre son masque de douceur habituelle, et dit à Victoria en s'efforçant de sourire:

— Vous et votre fils, vous êtes doués de magie… Selon ma faible raison, rien n'est plus inquiétant que cette approche de l'armée franque, dont vous ne semblez pas vous soucier, délibérant aussi paisiblement ici que si le combat devait avoir lieu demain… Et pourtant votre tranquillité, en de pareilles circonstances, me donne une aveugle confiance…

— Rien de plus naturel que notre tranquillité, reprit Victorin; j'ai calculé le temps nécessaire aux Franks pour achever de traverser le Rhin, de débarquer leurs troupes, de former leurs colonnes, et d'arriver à un passage qu'ils doivent forcément traverser… Hâter mes mouvements serait une faute, ma lenteur me sert.

Puis, s'adressant à moi, Victorin me dit:

— Scanvoch, va t'armer; j'aurai des ordres à te donner après avoir conféré avec ma mère.

— Tu me rejoindras avant que d'aller retrouver mon fils sur le champ d'exercice, me dit à son tour Victoria; j'ai aussi, moi, quelques recommandations à te faire.