— Nous connaissons ta vaillance et ton génie militaire, répondit le plus âgé de ces chefs de cohortes, robuste vieillard à barbe blanche. Ta mère, l'ange de la Gaule veille à tes côtés. Nous attendrons tes ordres avec confiance.
— Ma mère, dit le jeune général d'une voix touchante, votre pardon, à la face de tous, et un baiser de vous, me donneraient bon courage pour cette grande journée de bataille!
— Les égarements de la jeunesse de mon fils ont souvent attristé mon coeur, ainsi que le vôtre, à vous, qui l'avez vu naître, dit Victoria aux chefs de cohortes; pardonnez-lui comme je lui pardonne…
Et elle serra passionnément son fils contre sa poitrine.
— D'infâmes calomnies ont couru dans l'armée contre Victorin, reprit le vieux capitaine; nous n'y avons pas cru, nous autres; mais, moins éclairé que nous, le soldat est prompt au blâme comme à la louange… Suis donc les conseils de ton auguste mère Victorin, ne donne plus prétexte aux calomnies… Nous te disons ceci comme à notre fils, à toi l'enfant des camps, dont Victoria la Grande est la mère: nous allons attendre tes ordres; compte sur nous, nous comptons sur toi.
— Vous me parlez en père, répondit Victorin, ému de ces simples et dignes paroles, je vous écouterai en fils; votre vieille expérience m'a guidé tout enfant sur les champs de bataille; votre exemple a fait de moi le soldat que je suis; je tâcherai, aujourd'hui encore, de me montrer digne de vous et de ma mère…
— C'est ton devoir, puisque nous nous glorifions en toi et en elle, — répondit le vieux capitaine. Puis, s'adressant à Victoria: — L'armée ne te verra-t-elle pas tout à l'heure avant de marcher au combat? Pour nos soldats et pour nous, ta présence est toujours un bon présage…
— J'accompagnerai mon fils jusqu'au champ d'exercice, et puis bataille et triomphe!… Les aigles romaines planaient sur notre terre asservie! le coq gaulois les en a chassées… et il ne chasserait pas cette nuée d'oiseaux de proie qui veulent s'abattre sur la Gaule! s'écria la mère des camps avec un élan si fier, si superbe, que je crus voir en elle la déesse de la patrie et de la liberté. Par Hésus! le Frank barbare nous conquérir! Il ne resterait donc en Gaule ni une lance, ni une épée, ni une fourche, ni un bâton, ni une pierre!…
À ces mâles paroles, les chefs des légions, partageant l'exaltation de Victoria, tirèrent spontanément leurs épées, les choquèrent les unes contre les autres, et s'écrièrent à ce bruit guerrier:
— Par le fer de ces épées, Victoria, nous te le jurons, la Gaule restera libre, ou tu ne nous reverras pas!…