— Il est calme à cette heure; mais, l'action engagée, je redoute l'ardeur de son sang, l'entraînement de la bataille… Tu le sais, Scanvoch, je ne crains pas le péril pour Victorin; je suis fille, femme et mère de soldat… mais je crains que par trop de fougue, et voulant, par seule outre-vaillance, payer de sa personne, il ne compromette par sa mort le succès de cette journée, qui peut décider du repos de la Gaule!

— J'userai de tout mon pouvoir pour convaincre Victorin qu'un général doit se ménager pour son armée, dont il est la tête et la pensée…

— Scanvoch, me dit ma soeur de lait d'une voix émue, tu es toujours le meilleur des frères! Puis, me montrant encore son fils du regard, et ne voulant pas, sans doute, laisser pénétrer à d'autres qu'à moi ta lutte de ses anxiétés maternelles contre la fermeté de son caractère, elle ajouta tout bas: Tu veilleras sur lui?

— Comme sur mon fils.

Le jeune général, après avoir donné ses derniers ordres, descendit respectueusement de cheval à la vue de Victoria, s'approcha d'elle et lui dit:

— L'heure est venue, ma mère… J'ai arrêté avec les autres capitaines les dernières dispositions du plan de bataille, que je vous ai soumis et que vous approuvez… Je laisse dix mille hommes de réserve pour la garde du camp, sous le commandement de Robert, un de nos chefs les plus expérimentés… il prendra vos ordres… Que les dieux protègent encore cette fois nos armes!… Adieu, ma mère je vais faire de mon mieux…

Et il fléchit le genou.

— Adieu, mon fils, ne reviens pas ou reviens victorieux de ces barbares…

En disant ceci, la mère des camps se courba du haut de son cheval, et tendit sa main à Victorin, qui la baisa en se relevant.

— Bon courage, mon jeune César, dit le gouverneur de Gascogne au fils de ma soeur de lait, les destinées de la Gaule sont entre vos mains… et grâce aux dieux, vos mains sont vaillantes… Donnez- moi l'occasion d'écrire une belle ode sur cette nouvelle victoire.