— Vous avez raison, dit Dagobert après un moment de silence et en haussant les épaules; j'aurai sans doute été trompé par le hasard d'une ressemblance… Et pourtant…

— Ou alors, si c'était le même, il faudrait qu'il n'eût pas vieilli.

— Mais ne lui as-tu pas demandé s'il n'avait pas autrefois secouru notre père?

— D'abord j'étais si saisi que je n'y ai pas songé, et puis il est resté si peu de temps que je n'ai pu m'en informer; enfin il me demande donc le village de Milosk. «— Vous y êtes, monsieur. Mais comment savez-vous que je suis Français? — Tout à l'heure je vous ai entendu chanter quand j'ai passé, me répondit-il. Pourriez-vous me dire où demeure madame Simon, la femme du général? — Elle demeure ici, monsieur.» Il me regarda quelques instants en silence, voyant bien que cette visite me surprenait; puis il me tendit la main et me dit: «Vous êtes l'ami du général Simon, son meilleur ami!» (Jugez de mon étonnement, mes enfants.) «Mais, monsieur, comment savez-vous!… — Souvent il m'a parlé de vous avec reconnaissance. — Vous avez vu le général? — Oui, il y a quelque temps, dans l'Inde; je suis aussi son ami; j'apporte de ses nouvelles à sa femme, je la savais exilée en Sibérie; à Tobolsk, d'où je viens, j'ai appris qu'elle habitait ce village. Conduisez-moi près d'elle.»

— Bon voyageur… je l'aime déjà, dit Rose.

— Il était l'ami de notre père.

— Je le prie d'attendre, je voulais prévenir votre mère pour que le saisissement ne lui fit pas de mal; cinq minutes après il entrait chez elle…

— Et comment était-il, ce voyageur, Dagobert!

— Il était très grand, il portait une pelisse foncée et un bonnet de fourrure avec de longs cheveux noirs.

— Et sa figure était belle!