C'était presque s'attaquer aux autorités: le sous-préfet protégeait la première amoureuse.

Les deux Parisiens s'entêtèrent et demandèrent leurs entrées dans les coulisses. Desforges faisait valoir sa qualité d'auteur dramatique; il avait eu deux ou trois vaudevilles joués à Paris.

Eugène Sue était vierge de toute espèce de littérature et ne donnait aucun signe de vocation pour la carrière d'homme de lettres; il était plutôt peintre. Gamin, il avait couru les ateliers, dessinait, croquait, brossait.

Il y a sept ou huit ans à peine, que je voyais encore, dans une des anciennes rues qui longeaient la Madeleine, un cheval qu'il avait dessiné sur la muraille avec du vernis noir et un pinceau à cirer les bottes.

Le cheval s'est écroulé avec la rue.

La porte des coulisses restait donc impitoyablement fermée; ce qui donnait aux Toulonnais le droit incontestable de goguenarder les Parisiens.

Par bonheur, Louis XVIII était mort le 15 septembre 1824, et Charles X avait eu l'idée de se faire sacrer; la cérémonie devait avoir lieu dans la cathédrale de Reims, le 26 mai 1825.

Maintenant, comment la mort du roi Louis XVIII à Paris, comment le sacre du roi Charles X à Reims pouvaient-ils faire ouvrir les portes du théâtre de Toulon à Desforges et à Eugène Sue?

Voici.

Desforges proposa à Eugène Sue de faire, sur le sacre, ce que l'on appelait, à cette époque, un _à-propos. _Eugène Sue accepta, bien entendu.